Les sept dernières paroles de Jésus
(Deuxième partie)

Par Bernard Guy
 

2

Touché par  l'attitude repentante et la foi d'un des deux brigands crucifiés avec lui,  Jésus se tourne vers lui et lui dit,  Je te le dis en vérité, aujourd'hui tu seras avec moi dans le paradis. (Luc 23.43)



L'histoire du larron repentant démontre clairement l'importance que Dieu attache à la repentance.  Le peuple, les magistrats, les soldats et l'autre malfaiteur crucifié avec Jésus se moquaient tous de  lui (Luc 23.35-39).  Ils étaient empêchés de voir qui Jésus était réellement parce qu' ils refusaient d'admettre que leur style de vie déplaisait profondément à Dieu.

Mais l'autre malfaiteur affichait une tout autre attitude (Luc 23.40-43). Il reconnaît manifestement avoir commis des crimes et être justement puni pour ces crimes (40-41). Il souligne l'innocence de Jésus et le reconnaît comme étant le Messie (42).

Jésus, touché par son attitude repentante et sa foi  lui promet bien au-delà que ce qu'il avait demandé. Le larron avait demandé à Jésus de se souvenir de lui lorsqu'un jour, dans dix ans, cent ans ou mille ans,  il viendrait établir son royaume.  Mais Jésus l'assure qu'il se retrouverait ce jour même dans la présence de Dieu et jouirait d'une communion privilégiée avec lui.  Cette communion ineffable avec Jésus, l'apôtre Paul allait aussi l'expérimenter quelque temps plus tard lorsqu'il fut ravi au troisième ciel et s'est retrouvé dans le paradis de Dieu. Le mot paradis est un mot perse désignant un jardin de délices.  Ce terme est utilisé dans les Septante, traduction grecque de l'Ancien Testament,  pour désigner le jardin d'Éden et fait référence au ciel même dans 2 Cor 12.4 et Apo 2.7.

On voit par l'histoire du larron repentant à quel point Dieu prend plaisir à pardonner.  Faisons donc preuve d'humilité et venons à Jésus pour obtenir pardon, guérison et une place dans le paradis de Dieu.
 


3

Même à l'article de la mort,  Jésus se préoccupe des autres.  Il pense, entre autres,  à sa mère et fait des arrangements afin qu'elle ne manque de rien.  Jésus lui dit, Femme, voilà ton fils (en parlant de Jean) et il dit à Jean, Voilà ta mère (Jean 19.26-27).


Lorsqu'on souffre beaucoup comme Jésus a souffert, on devient tout absorbé par la souffrance.  On s'étonne que Jésus, suspendu sur la croix entre ciel et terre ait eu le réflexe et la force de penser à faire des arrangements pour sa mère.

Lorsque la plupart d'entre nous souffrons, ce n'est pas le temps de nous parler de rien et surtout pas des bobos et des chagrins des autres. Lorsque tu as un mal de tête carabiné, une rage de dents ou lorsque tu te cognes le gros orteil au pied de la table du salon, la peine et la souffrance des autres te deviennent absolument étrangères.

Marie, la soeur de Marie, Marie de Magdala et Jean se tenaient près de la croix de Jésus. Malgré ses souffrances, sa difficulté  de plus en plus grande à respirer, l'angoisse et la tristesse de son âme, Jésus ne pouvait rester insensible à ceux qui se tenaient là près de lui et qui n'avaient pas craint de s'identifier à lui.

D'ailleurs, Jésus a toujours manifesté une grande sensibilité et une grande compassion envers ceux qu'il croisait sur sa route (Matt 9.36; 14.14; 15.32; 20.34).

Marie, sa mère, se tenait là au pied de la croix, déchirée de voir son fils rejeté, méprisé, supplicié comme un misérable malfaiteur. Elle aurait, si elle avait pu, pris volontiers sa place sur la croix.  Marie avait beaucoup souffert à cause de lui  et il  en était très conscient. Siméon, lorsqu'il tenait le bébé Jésus dans ses bras avait dit à Marie, Cet enfant sera un jour comme une épée qui te transpercera l'âme (Luc 3.35).
Marie avait d'abord souffert lorsque devenu enceinte par le Saint-Esprit, elle fut soupçonnée d'infidélité par Joseph et probablement par quelques autres aussi (Matt 1.19). Elle avait sans doute aussi beaucoup souffert lorsqu' Hérode avait, dans son désir d'éliminer Jésus, envoyé ses soldats massacrer tous les bébés à Bethléhem et aux alentours devant les yeux horrifiés des parents (Matt 2.16). Et maintenant encore, elle avait l'âme transpercée de voir son fils mourir à petit feu sur la croix. Marie était veuve, ses autres enfants ne croyaient pas en Jésus et l'avaient probablement abandonnée à cause de cela. Jésus était le fils premier-né et en tant que tel, il avait la responsabilité de veiller sur le bien-être de sa mère. Mais pour Jésus, c'était beaucoup plus qu'une responsabilité. Jésus était sensible à la douleur de Marie et se préoccupait grandement de son bien-être. Jésus fait pour Marie le meilleur arrangement possible. Il la confie aux bons soins de son meilleur ami. Jésus savait que Jean allait prendre soin de Marie comme de sa propre mère (Jean 19.27).

Nos coeurs sont-ils remplis de compassion comme celui du maître? Sommes-nous attentifs à ce que vivent les autres autour de nous ? Partageons-nous leurs souffrances ? Considérons sérieusement l'exemple de Jésus et suivons ses traces. Considérons aussi l'exemple des Hébreux qui ont suivi les traces de Jésus dans ce domaine, au tout début, lorsqu' ils ont reçu l'Évangile (Héb 10.32-34).
 

4

Au bout de cinq  heures et demi d'agonie,  au plus fort de sa douleur,  le Seigneur s'est écrié, Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'as-tu abandonné ? (Matt 27.46)


En entendant crier Jésus, mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'as-tu abandonné, on croirait entendre la voix du mauvais riche s'écriant, du milieu de la flamme, Père Abraham, aie pitié de moi... Le sentiment ressenti par Jésus d'être abandonné par le Père ne correspondait que trop bien à la réalité. Le Père l'avait littéralement abandonné et avait détourné les yeux de lui à cause de nos péchés, comme l'avait prédit le prophète Ésaïe, quelques centaines d'années auparavant (Ésaïe 53.3-6).
 

Méprisé et abandonné des hommes,
Homme de douleur
Et habitué à la souffrance,
Semblable à celui devant qui on détourne le visage,
Il était méprisé
Nous ne l'avons pas considéré.
Cependant, ce sont nos souffrances qu'ils a portées,
C'est de nos douleurs qu'il s'est chargé;
Et nous l'avons considéré comme puni,
Frappé de Dieu et humilié.
Mais il était blessé pour nos péchés,
Brisé pour nos iniquités;
Le châtiment qui nous donne la paix est tombé sur lui,
Et c'est par ses meurtrissures que nous sommes guéris.
Nous étions tous errants comme des brebis,
Chacun suivait sa propre voie;
Et l'Éternel a fait retomber sur lui l'iniquité de nous tous.
Jamais une seule seconde, la communion intime et immensément profonde qui unissait Dieu le Père, le Fils et l'Esprit n'avait été brisée. Mais voilà que Dieu avait placé tous nos péchés sur les épaules de Jésus et avait déversé sa grande colère sur lui. Jésus subissait le jugement du Dieu très saint que nous méritions tous de subir à cause de nos nombreuses violations de la loi.

Lorsque  Jésus parle de sa communion avec le Père, il en parle comme de quelque chose qui sort de l'ordinaire. Il dit dans Jean 10.30, Moi et le Père, nous sommes un et dans Jean 8.29, Celui qui m'a envoyé est avec moi; il ne m'a pas laissé seul, parce que je fais toujours ce qui lui est agréable. Et lorsque le Père parle de sa communion avec le Fils, il en parle aussi comme quelque chose d'extraordinaire. Il dit dans Matt 3.17, Celui-ci est mon fils bien-aimé en qui j'ai mis toute mon affection et dans Matt 12.18, Voici mon serviteur que j'ai choisi, Mon bien-aimé en qui mon âme a pris plaisir.  Mais voilà que portant nos péchés sur son dos, Jésus avait accepté de vivre l'expérience terrible d'être séparé de Dieu et rejeté par lui.

Jésus avait dit, lorsqu'il était encore avec ses disciples,  il n'y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis (Jean 15.13). L'apôtre Jean reprend la même idée dans sa première lettre et écrit, Nous avons connu l'amour en ce qu'il a donné sa vie pour nous; nous aussi nous devons donner notre vie pour les frères.

Jusqu'à quel point sommes-nous prêts à suivre les traces de Jésus et à donner notre vie pour les frères ?
À donner de notre temps pour les frères ? À donner de nos énergies pour les frères ? À donner de notre argent pour les frères ? À donner de nous-mêmes pour les frères en commençant par ceux qui sont le plus près de nous, au sein de nos familles ?

À suivre...
 

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