Par Bernard Guy
Les dernières paroles d'un homme ou d'une femme au chevet de la mort ont toujours une profondeur particulière. Napoléon Bonaparte, le célèbre général et empereur français, a dit alors qu'il était au seuil de la mort: «Je meurs avant mon temps et mon corps va retourner à la terre. Tel est le sort de celui qu'on a appelé le grand Napoléon. » Voltaire, l'écrivain français, lorsqu'il était sur son lit de mort, s'est adressé à son médecin comme suit, «Je suis abandonné par Dieu et par les hommes! Je vous donne la moitié de ma fortune si vous prolongez ma vie de six mois ». Thomas Hobbes, philosophe anglais, s'est écrié juste avant de mourir, «Si le monde entier m'appartenait, je le donnerais pour vivre une journée de plus. Je sens que je suis sur le point de faire un grand saut dans l'obscurité ».
Les dernières paroles de Jésus ont aussi
une profondeur toute particulière. Jésus était le
créateur de l'univers fait homme. C'est dans le contexte d'une terrible
agonie sur la croix qu'il a prononcé ses dernières paroles.
Il est resté six heures pendu entre ciel et terre et ces six heures
lui ont certainement paru une éternité. Alors qu'il était
en proie aux souffrances, il a ouvert la bouche sept fois et pas pour dire
des banalités. C'est péniblement qu'il a ouvert la bouche
pour prononcer ses dernières paroles. La crucifixion était
une forme de torture qui coupait littéralement le souffle. Le fait
d'être pendu par les bras de tout son poids faisait que la douleur
avait tôt fait d'atteindre la poitrine du crucifié, de paralyser
ses muscles pectoraux, ce qui rendait sa respiration extrêmement
pénible. Il pouvait inspirer l'air, mais ne parvenait pas à
l'expirer. Pour être en mesure d'expirer son air, il devait pousser
sur ses pieds, redresser les jambes pour enlever la pression sur ses bras
et sur sa poitrine. Mais la douleur que cela occasionnait aux pieds était
si vive, à cause des clous, que le crucifié s'affaissait
bien vite et devait fournir le même effort à l'inspiration
suivante. Un crucifié mourait généralement au bout
de deux ou trois jours. Mais lorsque les Romains voulaient en écourter
l'agonie, ils lui brisaient les jambes. Incapable alors de se redresser
en poussant sur ses pieds, celui-ci ne pouvait plus respirer et suffoquait
rapidement. Les soldats brisèrent les jambes des deux larrons crucifiés
avec Jésus pour hâter leur mort, mais on ne brisa pas les
jambes de Jésus car il était déjà mort (Jean
19.31-33). Ainsi s'accomplissait une autre prophétie de l'Écriture
selon laquelle aucun de ses os ne serait brisé (Jean 19.36). C'est
dans ce contexte de souffrances, où Jésus luttait pour chaque
respiration, qu'il a prononcé ses dernières paroles. Ces
paroles étaient brèves, mais provenaient du plus profond
de son être.
1
Alors qu'on enfonçait des clous dans ses pieds et dans ses mains ou peu après, alors qu'on érigeait la croix, Jésus s'est écrié, Père, pardonne-leur, parce qu'ils ne savent pas ce qu'ils font. (Luc 23.34)
Alors que la majorité des bandits et criminels, révoltés et furieux, proféraient des injures et des menaces au moment où on les clouait au bois, Jésus, rempli d'un calme étonnant et d'un amour inexplicable, intercède auprès du Père pour le pardon de ses bourreaux. Comme l'a si bien dit J. C. Ryle, le célèbre évêque anglican de Liverpool, « Alors que le sang du grand sacrifice commençait à couler, le plus grand des grands-prêtres commençait à intercéder. »
Jésus aurait pu réagir différemment. Il aurait pu s'en prendre à ses bourreaux et les accuser comme s'ils étaient les principaux responsables de sa crucifixion. Mais il savait très bien que la croix faisait partie du plan de salut de Dieu (Actes 2.23) et il avait accepté, dans le jardin de Gethsémané, de se soumettre à ce plan, aussi terrible soit-il (Matthieu 26.39). Jésus aurait pu également, en sa qualité de juge, condamner ses bourreaux. Mais à quoi auraient servi alors ses souffrances? Il était venu pour sauver et non pas pour juger. Le temps du jugement viendrait plus tard. Enfin, Jésus aurait pu, en tant que Dieu Tout-puissant, détruire ses bourreaux par le souffle de sa bouche, mais il a plutôt accepter de porter à la croix les péchés de tous les hommes de tous les temps, ce qui demandait encore plus de courage et de puissance. Non, Jésus ne s'en est pas pris à ses bourreaux, ne les a pas condamnés et ne les a pas détruits non plus. Il a plutôt prié pour eux comme il avait aussi ordonné à ceux qui voulaient le suivre de le faire (Matt 5.44). Prier pour ses bourreaux n'est pas humain; c'est quelque chose de surnaturel. Jésus a pu le faire à cause de sa communion intime avec Dieu. En priant pour ses bourreaux, Jésus a accompli les paroles du prophète Ésaïe, « Il s'est livré lui-même à la mort, il a été mis au nombre des malfaiteurs, il a porté les péchés de beaucoup d'hommes et il a intercédé pour les coupables. »
Pour qui Jésus a-t-il intercédé au juste? Pour les chefs religieux du peuple qui ont cherché depuis le début, par jalousie, à le faire mourir (Matt 26.59), pour les soldats romains qui l'ont livré à la mort après avoir reconnu son innocence (Jean 18.38b; 19.4, 6), pour les gens du peuple qui, par crainte des autorités religieuses, ont demandé à Pilate de leur libérer Barabbas plutôt que Jésus (Matthieu 27.15-20), pour nous qui par nos péchés l'avons aussi envoyer à la croix. Jésus a-t-il été exaucé? Comme toujours. Les chefs religieux sont venus à la foi en grand nombre (Actes 6.7), les soldats romains, les premiers, ont reconnu qui était Jésus (Matt 27.54), les gens du peuple, brisés après avoir entendu le discours de Pierre à la Pentecôte, ont reconnu leur crime (Actes 2.37) et nous, une multitude de croyants à travers le monde, avons reçu le pardon de Dieu.
En demandant à Dieu de leur accorder son pardon,
Jésus a ajouté: « car ils ne savent pas ce qu'ils
font.» Est-ce à dire que les gens responsables de
la crucifixion de Jésus ignoraient complètement ce qu'ils
faisaient? Certainement pas. Les chefs religieux savaient que leurs accusations
contre Jésus étaient fausses (Marc 14.55-56), Pilate savait
que Jésus n'avait rien fait de mal et ne méritait pas la
mort (Luc 23.4), mais ni les chefs religieux, ni Pilate n'ont compris la
gravité de leur geste (Actes 3.17; 1 Cor 2.8).
Qu'en est-il de nous? Marchons-nous sur les traces de Jésus? Que faisons-nous lorsqu'on nous offense et nous traite injustement? L'apôtre Pierre, dans sa deuxième lettre nous invite à suivre l'exemple de Jésus:
1 Pierre 2.21-23
21 Et c'est à cela que vous avez été
appelés, parce que Christ aussi a souffert pour vous, vous laissant
un exemple, afin que vous suiviez ses traces,
22 Lui qui n'a point commis de péché,
Et dans la bouche duquel il ne s'est point trouvé de fraude;
23 lui qui, injurié, ne rendait point
d'injures, maltraité, ne faisait point de menaces, mais s'en remettait
à celui qui juge justement;
Puisque prier pour ceux qui nous maltraitent est quelque chose de surnaturel, comment penser pouvoir y arriver sans être en communion intime avec Dieu?