SERVIR LE SEIGNEUR EFFICACEMENT

(Philippiens 1.12-20)

par Bernard Guy


Introduction

La plupart des croyants ont du zèle et aimeraient accomplir de grandes choses pour le Seigneur. Mais souvent, ils n'y parviennent pas parce qu'ils ne sont pas familiers avec les méthodes de travail de Dieu.

Partant avec l'idée que nous réalisons un projet pour le Seigneur de la même manière que n'importe quel autre projet, nous nous heurtons à des difficultés imprévues et abandonnons finalement la partie. Servir le Seigneur exige que nous nous familiarisions avec ses méthodes de travail. Or celles-ci sont très différentes des nôtres. Le Seigneur lui-même a dit par la bouche du prophète Ésaïe : Car mes pensées ne sont pas vos pensées et mes voies ne sont pas vos voies, dit l'Éternel. Autant les cieux sont élevés au-dessus de la terre, autant mes voies sont élevées au-dessus de vos voies et mes pensées au-dessus de vos pensées (Ésaïe 55.8-9).

De même qu'il serait insensé de partir sur un voilier en pleine mer sans maîtriser certaines techniques de navigation, il est tout aussi insensé de nous lancer dans le service du Seigneur sans savoir comment celui-ci s'y prend pour accomplir son oeuvre. Nous devons donc apprendre et maîtriser certaines leçons spirituelles avant de pouvoir servir le Seigneur efficacement.

Aperçu
Voici trois conditions à remplir pour servir le Seigneur efficacement.

1.  Comprendre que Dieu aime agir dans des situations difficiles et souvent sans issue (Phil 1.12-14).
2.  Être prêt à nous oublier pour la cause (Phil 1.15-18).
3.  Nous assurer d'avoir l'appui de Dieu et celui des frères et des soeurs dans la prière (Phil 1.19-20).
 
 

1.  Comprendre que Dieu aime agir dans des situations difficiles et souvent sans issue (Philippiens 1.12-14).

Paul fait référence, dans la première partie du verset 12, à ce qui lui est arrivé. Il ne donne aucun détail précis sur sa situation, mais nous croyons qu'il fait référence ici à son emprisonnement à Rome (Introduction, p. 12-13).

Voici, en abrégé, comment Paul s'est retrouvé prisonnier de l'Empereur à Rome:

Paul, conduit par l'Esprit, se dirigeait vers Jérusalem (Actes 20.22). Il savait que se rendre à Jérusalem était très dangereux pour lui, mais son seul souci était de faire la volonté de Dieu (Actes 20.23-24 ; 21.8-14). Luc ne précise pas pourquoi il tenait tant à se rendre à Jérusalem. Il semble, entre autres, qu'il voulait remettre lui-même l'argent recueilli dans les églises aux apôtres comme il l'avait fait quelques années auparavant (Actes 11.27-30 ; 24.17). À peine arrivé à Jérusalem, il est mis en garde contre les Juifs par les frères dans le Seigneur (Actes 21.17-22).

Lorsque les Juifs aperçurent Paul dans le temple, ils soulevèrent aussitôt la foule contre lui avec l'intention de le faire mourir (Actes 21.27-36). Si ce n'eût été l'intervention armée du tribun, ils l'auraient alors lapidé comme ils avaient lapidé Étienne. Paul présenta sa défense (Actes 22.1-23) et informa ensuite le tribun Claude Lysias de Jérusalem qu'il était citoyen romain (Actes 22.24-29). Ce dernier, après l'avoir entendu, le transféra au gouverneur Félix pour le protéger des Juifs qui s'étaient juré d'avoir sa peau. Paul passa les deux années suivantes dans la ville de Césarée, sous la garde de Félix (Actes 24.27). Durant ce temps, il eut, à plusieurs reprises, l'occasion de s'entretenir avec Félix des choses de Dieu (Actes 24.26).

Après ces deux années, le gouverneur Félix fut remplacé par Festus et c'est alors que Paul en appela à César (Actes 25.9-12). Paul savait qu'il valait mieux comparaître devant César que de comparaître devant les Juifs de Jérusalem comme le lui avait proposé Festus. Il avait du reste le désir de se rendre à Rome et d'y proclamer l'Évangile depuis longtemps. Avant son départ pour Rome, Festus lui donna l'occasion de présenter sa cause devant le roi Agrippa et sa femme Bérénice qui reconnurent sans hésiter son innocence (Actes 26.1-32).

Paul fut ensuite emmené à Rome. Il s'entretenait là avec les Juifs et avec tous ceux qui venaient le voir. Il jouissait d'une grande liberté, pouvait se déplacer à sa guise, mais était toujours accompagné d'un soldat de la garde impériale (Actes 28.16-24 ; 30-31).

En accusant Paul et en le faisant jeter en prison par les Romains, les Juifs de Jérusalem avaient deux buts en tête. D'une part, ils désiraient empêcher l'Évangile de se répandre en faisant taire un de ses principaux propagateurs. D'autre part, ils visaient à intimider les croyants de Rome afin qu'ils cessent eux aussi de propager l'Évangile. Mais Dieu aime agir dans des situations difficiles et souvent sans issue ...

Paul raconte, aux versets 12 et 13, que loin d'avoir ralenti les progrès de l'Évangile, son emprisonnement en a favorisé l'avancement. Logiquement, on se serait attendu au contraire. Paul était lié, incapable de circuler de place en place. Mais Dieu a fait en sorte que, prisonnier, il proclamait l'Évangile plus que jamais et plusieurs hauts fonctionnaires romains entendaient parler de Jésus-Christ (Philippiens 1.13). Puisque Paul avait demandé de comparaître devant César, aussitôt arrivé à Rome, on l'a confié aux soldats de la garde personnelle de l'Empereur. Ces soldats se relayaient toutes les quatre heures et avaient tous, comme nous pouvons l'imaginer, entendu parler de Jésus-Christ. Le cas particulier de Paul, qu'il soit citoyen romain et emprisonné sans être responsable de crime, a dû attirer l'attention de sorte qu'un grand nombre de personnes ont été exposées au message de l'Évangile. Les fonctionnaires de la cour, responsables de la préparation de son procès, ont, eux aussi, eu l'occasion d'entendre l'Évangile.

Dieu a aussi fait en sorte que l'emprisonnement de Paul, loin de décourager les croyants de Rome, les a, au contraire, encouragés à annoncer la Parole avec plus d'assurance (Philippiens 1.14). Le fait que Paul ait continué de répandre l'Évangile même en prison leur a donné du courage. Et le fait que plusieurs soldats et hauts fonctionnaires de la capitale aient entendu parler de Jésus-Christ motivait les croyants dans leurs efforts d'évangélisation.
 

Avant de vous engager à servir sérieusement Dieu, comprenez-vous qu'il aime agir dans les situations difficiles et souvent sans issue ? Est-ce que les difficultés et les embûches que vous rencontrez en servant le Seigneur peuvent vous empêcher d'accomplir sa volonté ? Comment réagissez-vous lorsque vous vivez des situations à l'apparence de culs-de-sac ou de défaites ? Êtes-vous prêt à être placé par le Seigneur dans des situations difficiles ? Avez-vous déjà expérimenté la puissance de Dieu dans des moments de grande faiblesse ?

Notre tendance naturelle à tous est de vouloir agir en comptant sur nos forces, sur nos talents et et sur nos propres ressources.  Cette tendance nous amène à nous heurter à une double difficulté. D'une part, dans notre guerre spirituelle, nos forces humaines sont comparables à des pétards à mèche lancés contre des chars d'assaut sur un champ de bataille. D'autre part, lorsque nous agissons en comptant sur nos propres forces, nous avons tendance à nous en attribuer le mérite. Dieu doit, pour notre propre protection et pour l'avancement de l'Évangile, nous faire comprendre que nous sommes faibles et incapables de le servir efficacement par nos propres forces. Nous le savons théoriquement, mais nous n'en sommes pas toujours convaincu. C'est pourquoi il permet souvent que nous nous retrouvions dans des situations difficiles.

Si, au lieu de nous révolter et de nous aigrir contre le Seigneur dans ces moments difficiles, nous acceptons les épreuves et nous attachons à lui, il agit alors avec puissance dans notre faiblesse et nous utilise au-delà de toutes nos prévisions. Il nous faut donc apprendre ce que l'apôtre Paul et d'autres chrétiens ayant servi le Seigneur efficacement durant leur vie ont appris avant nous : Dieu aime agir lorsque nous sommes faible (2 Corinthiens 12.1-10 ; Exode 3.11-4.17 ; Exode 14 ; Juges 6.11-16).

Les Philippiens étaient de fiers citoyens romains et cette idée de force dans la faiblesse ne correspondait pas à leur concept romain de la puissance. C'est pourquoi Paul utilise sa propre expérience pour les instruire.
 

2.  Être prêt à nous oublier pour la cause (Philippiens 1.15-18).

Aux versets 15 à 17, Paul fait référence à des croyants qui, engagés comme lui à propager l'Évangile, le faisaient par envie et avec un esprit de dispute, dans le but de lui nuire et de rendre ses conditions d'emprisonnement plus pénibles.

On ne sait pas vraiment comment ces croyants nuisaient à l'apôtre. Il a été suggéré qu'ils proclamaient l'Évangile en insistant sur le fait qu'il est impossible de servir deux maîtres : Dieu et l'Empereur. Il fallait choisir : s'attacher à l'un et rejeter l'autre. Ceci aurait été de nature à rendre les Romains très hostiles à la cause de l'Évangile et, du même coup, à l'apôtre. Il a été aussi suggéré qu'ils proclamaient l'Évangile en insistant sur le fait qu'il faille rejeter toute tradition héritée du judaïsme. Ceci aurait été de nature à monter les Juifs de Rome contre Paul. Quoi qu'il en soit, ils enviaient Paul et cherchaient, par divers moyens, à le discréditer.

Paul communique candidement à ses amis Philippiens, au verset 18, que ce n'est pas son bien-être ou sa réputation qui le préoccupent, mais la cause de l'Évangile. Paul aurait pu partir en guerre contre les chrétiens qui le critiquaient et cherchaient à lui rendre la vie misérable, mais il choisit plutôt de s'oublier pour la cause. Il choisit de se réjouir de ce que l'Évangile progressait.

Il y aura toujours des croyants envieux et querelleurs. Ceux-ci, n'ayant pas les yeux fixés sur l'oeuvre de Dieu pour s'en réjouir, cherchent des failles dans la vie des chrétiens engagés.

Comment réagissez-vous lorsque des croyants actifs pour le Seigneur vous critiquent, remettent votre ministère et même votre intégrité en cause ? Partez-vous en guerre contre eux ou vous réjouissez-vous, comme Paul, de ce que malgré leurs attaques, la cause de l'Évangile progresse par leur entremise ? Comment devriez-vous réagir face à la critique ?
 

3.  Nous assurer d'avoir l'appui de Dieu et celui des frères et des soeurs dans la prière (Philippiens 1.19-20).

Le désir de Paul, tel qu'exprimé dans les versets 19-20, est de tenir ferme malgré toutes les pressions s'exerçant sur lui. Paul exprime le désir de ne jamais avoir honte de Jésus-Christ, mais de défendre sa cause avec une pleine assurance jusqu'au bout.

Paul dit tout d'abord au verset 19 : Car je sais que cela tournera à mon salut. Le terme cela réfère à toutes les pressions auxquelles Paul était soumis pendant son emprisonnement à Rome incluant les attaques de ceux qui proclamaient l'Évangile avec de mauvais motifs. Le terme salut a le même sens qu'il a au chapitre 2, verset 12. Il signifie croissance spirituelle et affermissement du chrétien dans la foi. En parlant de son salut, Paul fait référence à sa propre croissance spirituelle dans la foi (v. 20) plutôt qu'à sa libération de prison comme certains auteurs l'ont suggéré.

Puis il ajoute : grâce à vos prières et à l'assistance de l'Esprit de Jésus (v. 19b). Paul souligne d'abord l'efficacité stratégique des prières des Philippiens en sa faveur. Nous avons tous de nombreuses fois entendu parler de l'importance de la prière et nous en avons probablement aussi souvent parlé aux autres. Mais croyons-nous vraiment qu'elle est un élément indispensable à tout ministère ? Voilà la question à se poser (Actes 4.23-31 ; 12.1-17).

Avez-vous déjà expérimenté l'efficacité de la prière ? Pourquoi ne demandez-vous pas simplement à Dieu d'enrichir votre vécu dans ce domaine ? Comptez-vous sur la puissance de la prière pour mener à bien ce que vous entreprenez pour Dieu ? Y a-t-il quelqu'un qui prie pour vous et pour votre ministère dans l'église (aussi effacé et non-officiel votre engagement soit-il) ? Comment pouvez-vous inciter des chrétiens à prier pour vous et comment pouvez-vous entretenir concrètement  leur intérêt ?

Paul souligne ensuite l'importance capitale d'avoir l'appui de Dieu lui-même. L'expression L'Esprit de Jésus désigne simplement le Saint-Esprit (Romains 8.9 ; Galates 4.6). L'Esprit saint agit puissamment dans le coeur du croyant qui vit dans l'obéissance au Seigneur. Paul mentionne, dans Éphésiens 3.20-21, que Dieu peut, par le Saint-Esprit en nous, aller bien au-delà de toute demande. Hélas ! nous recherchons trop la manifestation de l'Esprit de Dieu dans le bouleversement des circonstances et pas suffisamment dans la transformation de nos coeurs et de nos attitudes.

Il serait insensé de nous engager dans un ministère quelconque sans l'appui des frères et soeurs dans la prière et sans l'assistance de l'Esprit.

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